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domingo, 5 de febrero de 2017

Baudelaire: Las flores del mal

Autor: Charles Baudelaire (París, 1821-Londres 1967).

Obra: Las flores del mal

Fuente: Charles Baudelaire: Las flores del mal, Cátedra, Madrid, 2006. Edición bilingüe de Alain Verjat y Luis Martínez de Merlo.






I

BÉNÉDICTION

Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le Poète apparaît en ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié:

— «Ah! que n'ai-je mis bas tout un noeud de vipères,
Plutôt que de nourrir cette dérision!
Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères
Où mon ventre a conçu mon expiation!


Puisque tu m'as choisie entre toutes les femmes
Pour être le dégoût de mon triste mari,
Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes,
Comme un billet d'amour, ce monstre rabougri,

Je ferai rejaillir ta haine qui m'accable
Sur l'instrument maudit de tes méchancetés,
Et je tordrai si bien cet arbre misérable,
Qu'il ne pourra pousser ses boutons empestés!»

Elle ravale ainsi l'écume de sa haine,
Et, ne comprenant pas les desseins éternels,
Elle-même prépare au fond de la Géhenne
Les bûchers consacrés aux crimes maternels.

Pourtant, sous la tutelle invisible d'un Ange,
L'Enfant déshérité s'enivre de soleil
Et dans tout ce qu'il boit et dans tout ce qu'il mange
Retrouve l'ambroisie et le nectar vermeil.

II joue avec le vent, cause avec le nuage,
Et s'enivre en chantant du chemin de la croix;
Et l'Esprit qui le suit dans son pèlerinage
Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.

Tous ceux qu'il veut aimer l'observent avec crainte,
Ou bien, s'enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l'essai de leur férocité.

Dans le pain et le vin destinés à sa bouche
Ils mêlent de la cendre avec d'impurs crachats;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu'il touche,
Et s'accusent d'avoir mis leurs pieds dans ses pas.

Sa femme va criant sur les places publiques:
«Puisqu'il me trouve assez belle pour m'adorer,
Je ferai le métier des idoles antiques,
Et comme elles je veux me faire redorer;

Et je me soûlerai de nard, d'encens, de myrrhe,
De génuflexions, de viandes et de vins,
Pour savoir si je puis dans un coeur qui m'admire
Usurper en riant les hommages divins!

Et, quand je m'ennuierai de ces farces impies,
Je poserai sur lui ma frêle et forte main;
Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies,
Sauront jusqu'à son coeur se frayer un chemin.

Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,
J'arracherai ce coeur tout rouge de son sein,
Et, pour rassasier ma bête favorite
Je le lui jetterai par terre avec dédain!»

Vers le Ciel, où son oeil voit un trône splendide,
Le Poète serein lève ses bras pieux
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l'aspect des peuples furieux:

— «Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés!

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l'invitez à l'éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair;

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs!»

Cuando, por un decreto de potencias supremas,
el Poeta aparece en este mundo hastiado,
espantada su madre, y llena de blasfemias,
crispa hacia Dios sus puños, y éste de ella se apiada:

-“¡Ah, que no haya parido todo un nido de víboras,
antes que a esta irrisión tener que alimentar!
¡Maldita sea la noche de placeres efímeros,
aquélla en que mi vientre mi expiación concibiera!

¡Puesto que me escogiste de todas las mujeres
para que fuese el asco de mi pobre marido.
y no pudo arrojar a las llamas de nuevo,
cual billete de amor, a este monstruo esmirriado,

haré yo reflejarse tu odio que me abruma
en el maldito agente de tus malignidades,
y torceré tan bien este árbol desmedrado,
que avivar no podrá sus yemas corrompidas!”

Así vuelve a tragarse la espuma de su odio,
y, como no comprende los eternos designios,
ella misma prepara en la honda Gehena
las piras a los crímenes maternos consagradas.

Mientras, bajo el cuidado invisible de un Ángel,
el niño despojado se emborracha de sol,
y en todo lo que come y en todo lo que bebe,
reencuentra el néctar rojo y la dulce la ambrosía.

Conversa con las nubes y juega con el viento,
y se embriaga cantando con ir a la cruz;
y el Soplo que le sigue en su peregrinar
llora viéndolo alegre cual un ave del bosque.

Le contemplan con miedo los que él amar desea,
o bien, enardeciéndose con su tranquilidad,
buscan a alguien que logre arrancarle una queja,
y su ferocidad sobre él ejercitan.

En el pan y en el vino que a sus labios destina,
impuros salivazos y ceniza entremezclan,
hipócritas arrojan al suelo cuanto él toca
y se acusan de haber pisado en sus pisadas.

Su mujer por las plazas públicas va gritando:
“Pues me encuentra él bastante bella para adorarme,
cumpliré la tarea de los antiguos ídolos,
y quiero que como a ellos me recubra de oro.

¡Y yo me saciaré de narro, incienso y mirra,
de viandas, de vinos y de genuflexiones,
por saber si en un pecho que me admira yo puedo
riéndome usurpar el divino homenaje!

Y cuando de esas farsas impías yo me aburra,
colocaré sobre él mi mano fuerte y débil;
y mis uñas, parejas a las de las arpías,
hasta su corazón sabrán abrirse paso.

Igual que un pajarillo que palpita y que tiembla,
robaré de su seno su rojo corazón,
y para que se sacie mi fiera favorita,
yo se lo arrojaré con desdén por el suelo!”

Hacia el Cielo, en que él ve un espléndido trono,
sus dos brazos piadosos sereno alza el Poeta,
y los vastos destellos de su espíritu lúcido
le esconden el aspecto de los pueblos furiosos:

-“¡Os bendigo, Dios mío, que dais el sufrimiento
cual divino remedio de nuestras impurezas,
y como la mejor y la más pura esencia
que a los santos deleites a los fuertes prepara!

(Faltan las últimas cuatro estrofas, que pueden leerse en la edición de Cátedra).

CIX

LA DESTRUCTION

Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon;
II nage autour de moi comme un air impalpable;
Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.

Parfois il prend, sachant mon grand amour de l'Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.

II me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l'Ennui, profondes et désertes,

Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l'appareil sanglant de la Destruction!


LA DESTRUCCIÓN

A mi lado el Demonio sin cesar se revuelve;
nada a mi alrededor como un aire impalpable;
lo aspiro y lo siento quemando mis pulmones
y de un deseo eterno y culpable llenarlos.

Toma a veces, pues sabe cuánto me gusta el Arte,
la forma de la más seductora mujer,
y, bajo el engañoso pretexto de la murria,
acostumbra mis labios a sus filtros infames.

Así me lleva, lejos de la vista de Dios,
jadeante y trizado de fatigas, en medio
de llanuras de Hastío, profundas y desiertas,

y en mis pupilas llenas de confusión arroja
mancillados vestidos, heridas palpitantes,
y de la Destrucción el sangrante boato.


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